HOMELIES

pendant le confinement

                                                                                     33ème dimanche TO                                                                          15/11/2020

(Pr 31,10-31. 1Th5.1-6. Mt25.14-20)

 

  Les textes des derniers dimanches de l’année liturgique nous placent délibérément chaque année devant la perspective de la fin des temps, et cela, avouons-le, ne nous réjouit pas forcément, surtout en cette période de confinement.

     Pourtant, aujourd’hui encore, Jésus nous parle de sa venue, ce qui normalement devrait nous combler de joie. Ici, ce n’est plus l’époux qui vient, comme le suggérait l’évangile de dimanche dernier, c’est le maître qui revient et qui demande des comptes. Il ne s’agit plus d’huile à mettre dans nos lampes, mais de talents à faire fructifier.

                           « Le jour du Seigneur, vient comme un voleur dans la nuit »  nous dit St Paul.

   C’est un peu cela qui nous fait peur, c’est cette soudaineté, c’est la crainte de ce qui peut arriver, c’est l’inconnu de ce qui va se passer, et c’est aussi le verdict qui pourrait être prononcé.

 

     A la pensée que c’est Jésus Sauveur lui-même qui nous accueille en venant à nous, que c’est Dieu Amour qui  nous comble de sa vie, notre cœur peut-il être alors dans la crainte et la peur ? Le sentiment qui devrait plutôt nous envahir, c’est la joie de la rencontre avec le Seigneur, le bonheur de voir Celui que notre cœur aura cherché tout au long de notre vie, parfois difficilement, dans la nuit du doute, du péché, dans la nuit de la foi !

     Alors, comment dès aujourd’hui, préparer efficacement et sereinement cette rencontre définitive avec ce Dieu qui nous aime, qui marche avec nous et qui déjà nous rejoint ici-bas ? 

 

                            Le passage du livre des Proverbes peut nous donner aujourd’hui une certaine réponse : en nous présentant une femme vaillante, il nous dit la manière de nous situer dans notre existence quotidienne : vivre dans la confiance avec nos proches, nos conjoints, nos enfants, nos amis, agir courageusement et paisiblement dans les tâches de chaque jour. Cette femme qui craint le Seigneur, « mérite la louange, » dit le texte.

  Nous saisissons là, l’importance de la fidélité au présent, à notre aujourd’hui, avec ses appels concrets, ses soucis et ses joies, son labeur souvent répétitif. Vivre à fond et activement l’instant présent, au moment où on doit le vivre, voilà notre devoir d’état.

 

       La parabole évangélique de ce jour, vient éclairer la façon de vivre le présent, en apportant une réponse claire pour réussir une vie heureuse, une existence qui s’épanouira dans la joie éternelle du maître.

   Il ne s’agit pas de jouir égoïstement de la vie, et de se replier sur soi-même en se contentant simplement de ce que nous avons et de ce que nous sommes, et en attendant que ça se passe pour soi- même le moins mal possible.

   Il s’agit bien plutôt de faire fructifier les talents que nous avons reçus ; ce sont eux qui doivent guider notre manière de vivre le présent.

 

   Ces talents ne nous appartiennent pas, ils nous ont été confiés ; à chacun d’en user pour le bien de tous ! Ces talents qui sont, bien entendu, les qualités que nous avons, mais aussi et surtout, la capacité d’aimer, la foi au Christ, la Parole et l’amour du Dieu vivant, la présence de l’Esprit Saint, le baptême qui fait de nous les enfants de Dieu et les membres de l’Eglise, l’Eucharistie qui nous nourrit du pain de vie : oui, autant de dons  du Seigneur, autant de talents à accueillir et à faire fructifier, à rayonner !

 

         Aux deux serviteurs qui se présentent avec leur capital doublé, Jésus leur dit : « Serviteurs bons et fidèles. »

Ils ont répondu selon leur capacité à l’attente du maître, ils se sont montrés dignes de sa confiance et ils ont sûrement pris des risques pour faire fructifier ce qu’ils ont reçu. « Entre dans la joie de ton maître. »

     Le troisième serviteur a une attitude assez surprenante : il fait d’abord le procès de son maître, et arguant de sa peur, il lui remet le talent intact qu’il avait enfoui dans la terre. « Serviteur mauvais et paresseux. » lui dit son maître, qui dénonce alors sa négligence coupable qu’il tente de camoufler sous couvert de sa peur. Ce serviteur, indigne de poursuivre son service, est alors remercié et écarté.

  Lorsque Jésus a prononcé cette parabole, il visait sûrement les chefs religieux, les dépositaires de la loi, qui pensaient être de bons serviteurs, car ils mettaient cette loi à l’abri de toute déviation et déformation, en l’enfouissant dans des formules et des règles minutieuses, pensant mettre le message de Dieu en sécurité.

 Jésus visait, sans doute aussi, tous ceux qui oublieux de l’amour de Dieu et des autres, risquaient de chercher leur sécurité religieuse dans l’observance scrupuleuse de la loi, et de s’enfermer ainsi dans des rites et des pratiques.

 

              Être fidèles à ce que nous avons reçu, à en vivre et à en faire vivre, voilà l’appel du Christ en ce dimanche.

Ces talents, ces dons de Dieu, différents pour chacun, sont  des semences de vie, à ne pas enfouir, mais à faire grandir en les mettant au service de nos frères !

           Il ne suffit pas d’écouter la Parole de Dieu, et de la trouver belle. Il est nécessaire et indispensable pour le bonheur de tous, de la mettre en pratique dans nos vies quotidiennes, et ainsi lui faire porter du fruit. Autrement dit, fait comprendre Jésus, la piété, les rites, les bonnes intentions ne suffisent pas, car ce peut être une façon de se replier et de cacher nos talents.

    Etre fidèle à celui qui nous a confié sa présence et son amour, vivre dans l’Esprit du Christ tous les instants de nos vies, témoigner de ce que l’on a reçu, supposent  donc un agir, une mise en œuvre, un partage, une ouverture au service de la communauté humaine. Pensons-y davantage en cette journée mondiale des Pauvres !

 

  Que l’on soit jeune ou plus âgé, c’est bien là où nous vivons, dans les circonstances qui sont les nôtres aujourd’hui, que nous avons à vérifier si nous faisons grandir tout ce qui est pour chacun don de Dieu, ces talents à fructifier, et qui nous prépare à entendre, dès maintenant, notre maître nous dire :

                              « Serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses…entre dans la joie de ton Seigneur ! » 

 Père Claude Temple.